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Rome n'est pas devenue un empire simplement parce que ses légions savaient se battre. Une armée peut conquérir une ville. Elle ne suffit pas à administrer des territoires immenses, lever l'impôt, nourrir des métropoles, intégrer des populations, maintenir des routes ou convaincre des élites locales qu'elles ont intérêt à faire fonctionner le système. Pour comprendre l'Empire romain, il faut donc regarder derrière les batailles. Le Pigeon résume la mécanique en trois mots : soldat, impôt, statut.
Le livre repart des origines de Rome, sans transformer Romulus en agent municipal officiellement chargé d'ouvrir la ville en 753 avant notre ère. République, conquête de l'Italie, guerres puniques, expansion méditerranéenne, guerre sociale, César et guerres civiles montrent comment Rome construit déjà un empire avant même d'avoir un empereur. Auguste ne fait pas apparaître le système par magie : il transforme une domination républicaine devenue instable en Principat, conserve les formes anciennes et concentre suffisamment de pouvoir pour éviter que chaque général ambitieux transforme l'État en tournoi privé.
Puis vient la véritable machine impériale : légions et auxiliaires, provinces, gouverneurs, cités, notables locaux, fiscalité, routes, ports, monnaie, commerce, esclavage, droit, religions et citoyenneté. Rome gouverne loin parce qu'elle délègue énormément. Le monde romain reste profondément pluriel : latin et grec coexistent avec d'autres langues, les traditions locales persistent et la romanisation n'est ni uniforme ni une photocopie culturelle. Même l'édit de Caracalla de 212, qui élargit massivement la citoyenneté, ne transforme évidemment pas l'Empire en démocratie égalitaire. Les Romains avaient déjà assez de problèmes sans inventer celui-là.
Enfin, le livre démonte la grande légende de la chute de Rome . Crise du IIIe siècle, Dioclétien, Constantin, christianisation, Goths, Vandales, perte de l'Afrique, guerres civiles et contraction fiscale montrent un Occident qui perd progressivement sa capacité à réparer ses défaites. 476 reste un repère utile, pas un bouton OFF : Julius Nepos est encore reconnu jusqu'en 480 et l'Empire romain gouverné depuis Constantinople continue pendant des siècles. L'objectif n'est donc pas de réciter une succession d'empereurs. C'est de comprendre comment Rome a construit un système capable de durer, pourquoi sa partie occidentale a fini par ne plus pouvoir se maintenir et pourquoi une tache rouge sur une carte n'explique décidément rien toute seule.
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